Jacques-Nicolas BILLAUD-VARENNE (1756-1819), conventionnel m - Lot 203

Lot n° 203
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Estimation :
1500 - 1800 EUR
Jacques-Nicolas BILLAUD-VARENNE (1756-1819), conventionnel m - Lot 203
Jacques-Nicolas BILLAUD-VARENNE (1756-1819), conventionnel montagnard, il est déporté en Guyane avec Collot-d'Herbois et Barère, à la chute de Robespierre. L.A.S. à son épouse Angélique. 2 pp. ½ in-4. « à l'habitation dite Chevreuil » [Guyane], le 2 thermidor an 7 [20 juillet 1799]. Quelques taches d'encre anciennes. Superbe lettre de Guyane. Il se plaint de son silence, son éloignement et la rareté de ses lettres lui étant de plus en plus difficile. « Tu es le seul bien que j'aie sur la terre ; si toutefois je peux prêter ce nom à un objet dont je suis séparé par deux mille lieues […]. Je ne m'en prends qu'à ma destinée qui a voulu que j'endurasse tous les genres de tourments imaginables. Quel courage ne faut-il pas pour avoir à dévorer tant d'amertume sans succomber ! devenu comme abandonné des êtres les plus chers à mon cœur, dénué de toute ressource pour me procurer l'existence, et réduit à vivre presque de charité […]. Quoi qu'il en soit, je n'oublie point que les maux que je souffre ont pour cause mon dévouement à la République, et si cette idée consolatrice ne les efface pas, du moins en allège-t-elle beaucoup l'aigreur, en me donnant la force nécessaire pour les supporter avec constance […] ». Il ne supporte plus l'humiliation de devoir mendier pour survivre, aussi l'implore-t-il de lui envoyer quelques subsides. Il avait confié sa dernière lettre à un ami, mais qui a été tué lors d'un combat naval. Aussi lui redonne-t-il de ses nouvelles en Guyane. « Je t'annonçais par elle que j'avais quitté le séjour de Sinnamary. Ayant trouvé retraite sur une habitation, cette demeure solitaire ne convient pas moins à mon caractère qu'à ma situation. Cet isolement qui ferait périr un autre d'ennui me complait assez par le calme qu'il me procure. Occupé de soins agrestes, j'ai presque réalisé le projet que nous avions formé d'y couler ainsi paisiblement le reste de nos jours. Cependant, indépendamment des jouissances cordiales dont le dénuement me fait tant souffrir, la nature est ici si sauvage, son aspect est si farouche, qu'au lieu d'épanouir l'âme par un coup d'œil souriant, ce spectacle lugubre et sinistre n'ajoute qu'une teinte plus sombre aux empreintes de la mélancolie […] ». Il est resté malade et n'a pu profiter du retour en France du général de la colonie pour lui donner des nouvelles. « Le climat que j'habite dévore tellement la santé que c'est presque un prodige quand on en jouit plusieurs jours de suite sans altération. Au surplus, qu'elle y résiste ou qu'elle succombe, sois assurée que tu ne sortiras de mon cœur que lorsque la mort l'aura glacé […] ». Il lui demande des nouvelles de sa harpe. « À propos de musique, j'ai appris que ce pauvre Méhul était mort. J'en ai été extrêmement fâché. Sa candeur comme ses talents le rendaient précieux ; et c'est une perte infinie qu'a fait l'art dans lequel il excellait […] ». Il lui demande des nouvelles de Ruamps. « Un être avec lequel je suis depuis ma plus tendre enfance, ne peut devenir indifférent à celui qui ne tient plus l'existence que par les sentiments affectueux qu'elle lui a fait contracter […] ».
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